• La Reconquista
     

    Afin de comprendre au mieux les raisons qui ont poussé les Espagnols à étendre leur religion et leur conquête jusqu'au Nouveau Monde, il faut d'abord tâcher de mettre en lumière les deux civilisations qui tours à tours conquirent le trône d'Espagne avant la découverte de l’Amérique latine, toujours par la force et le sang. Nous parlons ici des Maures et des Espagnols.
     Tout deux habités de mœurs différentes et régis par des religions distinctes, ces deux peuples  vont pourtant cohabiter  durant sept siècles et cette rencontre va permettre aux conquistadors d'arpenter le sol de l'Amérique Latine, cette période est connue sous le nom de Reconquista.
     Reconquista ou Reconquête désigne les siècles de luttes dans la péninsule ibérique où s'opposaient les Chrétiens espagnols aux Musulmans venus d'Afrique du Nord aussi appelés Maures. Cette entreprise menée par les Espagnols (comme son nom le sous-entend) visait à reconquérir l'ensemble des territoires alors envahis par les Maures.

    Avant de vous parler de la période citée ci-dessus, nous allons vous expliquer dans un premier temps les évènements antérieurs à la Reconquista.

     

     La Reconquista

    À L'aube de l'approche musulmane.
    Un peuple pas plus Maure qu'Espagnol domine la péninsule Ibérique : Les Goths de l'Ouest autrement appelés les wisigoths, issus avec les Ostrogoths du peuple Goth.

    Cette civilisation, s'étendant sur la partie Sud-Ouest de l'Europe, s'établit en 418 sur la péninsule ibérique et se fit connaître comme l'Hispanie wisigothe. D'abord, arienne - courant de pensée qui affirme que Jésus-Christ n'est pas Dieu, mais un être distinct créé directement par ce dernier -, cette civilisation se convertit par la suite au catholicisme lorsque le roi Récarède 1er l'impose comme religion en 586. En parallèle, les Juifs sont davantage persécutés, on peut ainsi suggérer que les wisigoths ont posé les bases de l'intolérance catholique dans la péninsule ibérique.

     

    Cependant, le destin veut que les Maures mènent leur invasion contre les wisigoths au moment où ceux-ci subissaient une période trouble : situation politique fragilisée, divisions internes, guerre civile, famine...
    Tous ces problèmes
     sont à l’ordre du jour, lorsqu'en 711 partit depuis les rives du Nord de l'actuel Maroc le lieutenant Tariq Ibn Ziyad suivi de soldats Maures, franchit le détroit de Gibraltar et entreprit de conquérir la péninsule ibérique.
    Cette invasion dont l'audace marquera l'histoire de l'Espagne ( jusqu'à s'inspirer du nom de son instigateur pour nommer un détroit : « Gibraltar » vient de l'Arabe « djebel Tariq » « montagne de Tariq »), se concrétise par la chute du royaume wisigoth ainsi que le début de l'égide musulmane sur toutes les terres qui faisaient auparavant partie du royaume wisigoth : la péninsule ibérique et la Septimanie. Ces terres seront renommées al-Andalus (tiré de la région d'Espagne "l'Andalousie"), cette zone occupe les ¾ de la péninsule ibérique.

    S'inscrivant dans l'élan de propagation de l'islam (à la suite de la mort du prophète Muhamed, 632) la dynastie des Omeyyades (661 à 750) constitue le plus grand État Musulman de l'histoire. S'étendant, sur le courant du VIIème siècle, de l'Inde jusqu'aux limites de l'Europe de l'Ouest rien ne semble arrêter la course de ces chevaux musulmans vers ce qui ressemblerait beaucoup à une croisade. 

    Pélage 1er dit le Conquérant incarne à lui seul le premier bastion de la résistance chrétienne. Suite à la mort du roi Rodéric, celui-ci acquis la légitimité du titre de roi par vote. Vers 722 il forme son royaume sur les Asturies et prend les armes. La bataille qui se déroule alors à Cavadonga s'achève sur la défaite des Maures. Cette première victoire chrétienne peut être aussi considérée comme le point de départ de la Reconquista .

     

    La Reconquista

    Mosquée de Cordoue vue de l'intérieur

     

    La reconquête

    Issus de l'Afrique du Nord, les Maures à travers le temps changent souvent d'ethnie, des Berbères d'Amazighs, aux Mauritanien de l'Empire romain 40 après J-C, jusqu'aux musulmans occupant al-Andalus qu'ils soient Arabes, berbères ou ibères.
    Par ailleurs durant la seconde partie du VIIIe siècle la péninsule compte pas moins de 9 ethnies différentes mais qu'elles soient latine, wisigoth ou encore juive, toutes se retrouvent influencées par la culture apportée par les Maures.

     

    * Leur égide ou occupation musulmane peut se diviser en plusieurs parties : Frise + Légende
    Le plus important est que durant pas moins de trois siècles (711-1009) les émirs puis les califes Omeyyades assurent la cohésion de plusieurs religions dans leur territoire. Au contraire, des zones du nord qui se montrent souvent cruelles sur la question, al-Andalus est un État tolérant où tout le monde est libre d'exercer sa religion et c'est ce qui explique dans un sens le faible rejet des conquérants Maures. Cela dit cette liberté est bien limitée car au regard du temps ou des lieux cette tolérance est plus ou moins appliquée comme l'explique le célèbre professeur Fernández Morena :

    ''Sous Abd Al-Rahman II et Muhamad I (822-886), un nombre important de Catholique fut tué à Cordoba pour avoir prêchés contre l'Islam[...] Muhammad I ordonne que ''Les églises récemment construites soit détruites ainsi que tous les éléments qui pourraient embellir les vielles églises, ajoutées depuis la conquête Arabe.'' ('The Myth of the Andalusian Paradise'' par Darío Fernández-Morera, 2006).

    De plus les non-musulmans sont soumis à la dhimma c'est-à-dire un régime juridique, issue de la charia (loi de l'Islam) elle dicte les lignes de conduite des non musulmans ici appelés dhimmis, à cause d'elle les dhimmis sont contraints de verser un impôt (djizîa), d'être jouet de discrimination et d'accepter une certaine incapacité juridique, c'est seulement avec le respect de ses règles que les dhimmis accèdent à leur liberté de culte. Maria Rosa Menocal, spécialiste de la littérature ibérique quant à elle ne réfute en disant que que :

    '' [...] les dhimmis bien qu'ayant moins de droits que les Musulmans avaient une meilleure condition que les autres minorités présentes en pays chrétiens.''

    ** La question d'une quelconque mixité est tout autant polémique : autant les arts notamment architecturaux (mudéjar), la philosophie et la médecine nous montrent un possible syncrétisme autant le régime de la dhimma empêche toute union hispano-mauresque.
    Cela n'a cela dit pas arrêté l'intérêt des natifs de la péninsule. La culture Arabe est comparable à un rayonnement qui, au fil de ces conquêtes, n'a cessé de croître et de toucher davantage de gens aussi la culture musulmane ne se limite pas a un style Arabe mais à tous ceux qu'ils conquirent au fil du temps, ce qui est aussi vrai pour leurs connaissances, leurs techniques et leurs arts.

    La Reconquista

    *** L'intérêt pour cette culture est tel que le futur pape Sylvestre II vient étudier la science des intellectuels arabes compulsée à Barcelone. De nombreux Chrétiens se convertissent souvent pour plus de pouvoir mais aussi pour l'attrait qu'exerce cette culture, d'ailleurs parmi eux certains se feront appeler Mozarabes, ils ne se convertissent pas mais adoptent les us et coutumes Maures. Toute cette attirance, tout ce prestige autour de la culture Maure contribua à la métamorphose de l'Espagne. Entre le VIIIe siècle et le IXe siècle près de 80 % de la population était musulmane.

    **** Les Maures ont néanmoins laissé un héritage sans précèdent : plus de 5 000 à 6 000 mots espagnols sont d'origine arabe, des techniques agricoles, architecturaux, médicales venus d'Orient, l'art, l'arithmétique ou encore la philosophie. Leurs instruments révolutionnaires tels que l'astrolabe,  le quadrant et de nombreuses cartes maritimes, rendirent possible la découverte d'un monde nouveau.

    * : Complément en lien avec la Frise et le contexte(lien)

     

     

     

    Il paraît étrange de savoir que ce sont ces mêmes connaissances qui précipitent la civilisation musulmane vers le déclin. En effet ce sont les États riches du nord de la péninsule où les Asturies qui sont détenteurs d'un savoir aussi avancé que celui du califat de Cordoue qui vont mener la Reconquista. L'intolérance religieuse et la violence d'Almanzor laissent des traces aussi les États espagnols bénéficient du soutien et du savoir de la population dans les territoires repris.

     

    La ReconquistaÀ l'époque où al-Andalus est uni, les royaumes chrétiens s'entretuent autant entre eux que contre les Maures. De rois chrétiens n'hésitent pas à s'allier à des souverains musulmans afin d'éradiquer au mieux leurs voisins, par exemple les premiers rois de Navarre ne démentent pas les relations qu'ils entretiennent avec le Banu Qasi de Tudela. De la fondation des Asturies jusqu'à la chute du califat de Cordoue cette situation n'évolue pas. La Bataille de Tora (1006) est pour beaucoup le début de la Reconquista car enfin les royaumes des Asturies cherchent à jouer de concert et parviennent à faire s'enfuir les troupes Maures ainsi que leur commandant fils du Calife Almanzor.

     

    Mais bien plus que cela la première période de taifas qui va suivre est une opportunité qui permet aux royaumes catholiques de s'agrandir dans le long terme. Suite à la bataille de Las Navas de Tolosa les territoires repris sont d'une telle ampleur que les rois chrétiens se demandent même comment gérer un tel espace.

    Tout comme la première conquête de la péninsule par les musulmans, la Reconquista répond à des objectifs religieux, l'idée générale déversée par l'Église trouve un certain écho aux dires d'un auteur Asturien reconnu pour son patriotisme :

    '' Mes coreligionnaires, dit-il, aiment à lire les poèmes et les romans des Arabes; ils étudient les écrits des théologiens et des philosophes musulmans, non pour les réfuter, mais pour se former une diction arabe correcte et élégante. Où trouver aujourd'hui un laïque qui lise les commentaires latins sur les saintes Écritures? Qui d'entre eux étudie les Évangiles, les prophètes, les apôtres? Hélas! Tous les jeunes Chrétiens qui se font remarquer par leurs talents, ne connaissent que la langue et la littérature arabe ; ils lisent et étudient avec la plus grande ardeur les livres arabes; ils s'en forment à grands frais d'immenses bibliothèques, et proclament partout que cette littérature est admirable. Parlez leur, au contraire, de livres chrétiens : ils vous répondront avec mépris que ces livres-là sont indignes de leur attention. Quelle douleur ! Les Chrétiens ont oublié jusqu'à leur langue, et sur mille d'entre nous, vous en trouverez à peine un seul qui sache écrire convenablement une lettre latine à un ami. Mais s'il s'agit d'écrire en arabe, vous trouverez une foule de personnes qui s'exprime dans cette langue avec la plus grande élégance, et vous verrez qu'elles composent des poèmes, préférables, sous le point de vue de l'art, à ceux des Arabes eux-mêmes.'' (d'après le 1er essai de Reihart Doxy '' L'histoire des musulman d'Espagne '' 1861)

     

    L'Église déclare ainsi la guerre à l'Islam, elle s'essaye à tous les stratagèmes afin de parfaire leurs différences : propagandes littéraires, prêches, martyrs. La culture musulmane devient profane et les gens de l'église de vrais modèles de bonté. À mesure que les constructions Maures envahissent la péninsule ibérique, le sentiment de patriotisme qui habite le cœur des Chrétiens fait grandir l'idée que les Maures sont leurs ennemis de toujours . À ce titre la Reconquista porte la véritable valeur d'une croisade qui rassemble de célèbres figures chrétiennes : - Charlemagne, St Matamore - les chefs de guerre muent par l'envie d'étendre leur royaume et la population guidée par la nécessité de révérer la vraie foi perdue il y a 3 à 5 siècles de cela.

     

    La Reconquista

    Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille.

     

     

    Vers la fin de cette période trouble où identité de la péninsule semble floue apparaît deux symboles d'espoir et d'unification pour l'Espagne. Isabelle de Castille et Ferdinand II d'Aragon " Los Reyes Católicos''  influenceront le cours de l'Histoire en permettant la découverte officielle de l'Amérique. Leur règne insuffle un nouvel air au christianisme et à l'esprit de conquête habité autant par les conquistadors du Nuevo Mundo, que par les soldats instigateurs de la prise de Grenade qui vont les précéder.


    Axés vers millénarisme  mouvement de pensée contestant l'ordre social et politique réputé décadent et qui attend une rédemption collective – retour à un paradis perdu ; ou à l'avènement d'un homme (couple ici) charismatique, "' Los Reyes Católicos'' " incarnent à eux seuls tout l'esprit de la Reconquista. Leur union réunit l'ensemble des royaumes chrétiens sous le même emblème et la même aspiration c'est-à-dire la volonté d'imposer la foi chrétienne à l'ensemble du royaume.

     À dessein de rechercher la pureté d'uÉtat entièrement chrétien, les pires folies meurtrières se perpétuent en 1391 où 5 à 10 000 Juifs meurent. Beaucoup repoussés jusqu'à leurs derniers retranchements se convertissent et deviennent des conversos (nouveau chrétien), en 1480 l'Inquisition voit le jour à Séville véritable organe juridique de l'Église fauche la vie de nombreux conversos car accusés d'hérésie. Le doute persiste " Sont-ils plus juif ou davantage chrétien ? ", la communauté juive les évite, la société chrétienne ne les accepte pas les qualifiant de " marrane '" (cochon). À cette époque l'importance du sang est primordiale le fait qu'il puisse être souillé d'une part de conversos destitue la personne dans les schémas de la société espagnole. L'intolérance religieuse dépasse son seuil critique.

     

    La Reconquista Enfin, en 1492, année cruciale dans leur règne, coïncide trois initiatives anti-islamiques et anti-juives et une dernière exploratrice. La première expulse toute la civilisation maure ainsi que leur chef Boabdil de Grenade. La seconde en fait tout autant avec le peuple juif à la différence qu'eux bénéficient d'une chance de rédemption: s'ils acceptent de se convertir comme les conversos alors la couronne accepte de les garder comme citoyens d'Espagne. Ainsi sous couvert d'une guerre religieuse Los Reyes Catolicos s'accaparent Grenade et donc l'ensemble de l'Espagne mais parviennent aussi à préserver l'unité d'un état. Ce besoin de pureté est requis à la fois dans le sang mais aussi dans les villes : de nombreuses mosquées comme la célèbre Mosquée de Cordoue devienne des églises. Et la troisième initiative suit la trame des deux premières car elle aboutira à la conquête d'un territoire et la conversion de nombreux indigènes souvent sous peine de mort. On peut ainsi suggérer que la conquête du nouveau monde s'inscrit dans la continuité de la Reconquista.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique